Trompette pour l’éternité

Je vivais à l’écart de la place publique,
Fainéant, dépressif, ténébreux, narcissique…
Attiré seulement par la rançon d’la gloir’,
Sur mon laurier fané je dormais comme un loir.
Les gens de bon conseil n’ont pu me fair’ comprendre
Qu’à l’homme de la rue j’avais des compt’s à rendre
Et que, sous pein’ de choir dans un oubli complet,
J’devais peut-être un jour me mettre à travailler.
Trompette pour l’éternité,
Telle est ma seule destinée !

A toute activité, ma nature est rétive,
Souffrant d’une fainéantis’ quasiment maladive,
Je fais croire à tout l’monde que je suis un bosseur
Mais personne n’est dupe, excepté le docteur.
Dois-je, pour défrayer la chroniqu’ des scandales,
M’étaler comme un sac à la fête locale,
Me ridiculiser, autant en picolant,
Tout en étant déjà bourré d’médicaments ?
Trompette pour l’éternité,
Telle est ma seule destinée !

Manquant à la pudeur la plus élémentaire,
J’ai dû pour les besoins d’ma caus’ alimentaire,
Augmenter sans vergogne mon indemnisation
Sans le moindre remord pour la population.
Si j’devais êt’ payé, en fonction de la sueur
Que j’ai faite couler, du haut de mon labeur
Je s’rai depuis longtemps, à la soupe populair’
Ou à traîner mes guêtres aux restaurants du cœur !
Trompette pour l’éternité,
Telle est ma seule destinée !

J’aime mon opposition qui bien souvent me laisse
Béat d’admiration devant tant de faiblesse
Elle qui n’hésite pas à voter d’une seule voix,
L’ ensemble de mes budgets si bizarres qu’ils soient.
Sous prétexte de bruit, sous couleur de vertu,
Ai-j’ le droit de salir l’honneur d’un disparu
En criant sur les toits, et sur un pas de danse :
« On n’a plus de pognon, c’est la faute à Solans ! » ?
Trompette pour l’éternité,
Telle est ma seule destinée !

Le ciel en soit loué, je vis en bonne entente
Avec l’docteur Popaul, l’ordonnance chantante,
Lui, le catéchumène, et moi, l’énergumèn’,
Il me laisse dire merd’, je lui laiss’ dire amen,
En accord avec lui, dois-je écrir’ dans la presse
Que les maisons rasées par la SNCF
Vont sûrement voir partir plus d’400 habitants
Et nous priver d’argent faute de logements ?
Trompette pour l’éternité,
Telle est ma seule destinée !

Alors pour m’rattrapper, je vais faire construire
Avec quelques amis, qui aiment aussi détruire,
Au beau milieu d’une zone, résidentielle s’en faut,
Une bonne centaine de logements sociaux.
Parce qu’en 8 ans d’mandat, j’ai créé seulement
Zéro pour cent de log’ments, mais fallait vingt pour cent
Du coup pour qu’le préfet, me laisse un peu peinard
Je bétonne à tout va, sans m’soucier des dégâts.
Trompette pour l’éternité,
Telle est ma seule destinée !

Pour m’avoir réélu, moi le roi des trompettes,
Qui a comm’ chacun sait, l’intellect d’une alouette,
Faut-il qu’ils soient vraiment une bande de mougeons
Ces pauv’ Villeneuvois que j’ai pris pour des cons.
Mais je ne pense pas, qu’ça profite au village
A jouer les matadors, on risque l’encornage,
L’ agglo l’a bien compris, et rigol’ bien de moi
Depuis à Villeneuve, on l’a dans le baba
Trompette pour l’éternité,
Telle est ma seule destinée !

Après c’tour d’horizon des mille et une recettes
Qui vous valent à coup sûr les honneurs des gazettes,
J’aime mieux m’en tenir à ma première façon
Et me gratter le ventre en chantant des chansons.
Pour moi de tout’ façons, la messe est presque dite,
Car bientôt va tomber l’inéluctabl’ verdict.
Presqu’ tous mes conseillers, sont en train d’me lâcher,
Et mes indemnités, me passeront sous le nez.
Trompette pour l’éternité,
Telle est ma seule destinée !

R.V.

Pour un nouvel élan

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