71ème Anniversaire du 8 Mai 1945

La Seconde Guerre mondiale se termine officiellement en Europe le 8 mai 1945, à 23h01 (heure allemande), au lendemain de la capitulation sans condition de l’Allemagne nazie, signée le 7 mai à Reims.
Elle laisse un bilan sans équivalent dans l’Histoire avec plus de cinquante millions de morts militaires et majoritairement civils (400.000 Américains, autant de Britanniques, 600.000 Français, huit millions d’Allemands, dix à vingt millions de Soviétiques etc.).
Le général Alfred Jodl signe dans la nuit du 6 au 7 mai, à 2h41 du matin, la capitulation sans condition de l’Allemagne.
Quelques mois plus tard, il sera condamné à mort par le Tribunal de Nuremberg pour avoir contresigné des ordres d’exécution d’otages ou de prisonniers.

Le Général De Gaulle rappellera combien certains dignitaires nazis tentèrent de négocier dans les derniers jours d’avril 1945.
Himmler prend ainsi contact avec le comte Bernadotte, président de la Croix-Rouge suédoise pour transmettre aux occidentaux une proposition d’armistice.
Profiter de la fin d’une guerre à l’ouest pour ceindre les Alliés en maintenant la guerre contre l’URSS.
Dernier baroud (honneur ne convient guère) pour sauver des apparences dans l’illusion d’une négociation possible d’État à État.
Himmler va même jusqu’à autoriser la distribution de vivres aux déportés.
Il fait envoyer au général de Gaulle un mémoire sur l’avenir de ce dernier entre des Américains qui le rangerait dans la catégorie des satellites et des Soviétiques qui le réduirait.
Il propose donc une alliance de la France avec une Allemagne vaincue mais en mutation pour construire « un ordre nouveau ».
Les occidentaux ne répondent à aucune des propositions allemandes.

Au début du mois de mai les premières redditions allemandes se font et le 7 Jodl, envoyé par Doenitz, signe la capitulation à Reims avec la réciprocité attendue à Berlin par les Soviétiques.
Les autorités françaises organisent la présence de la France lors de ces deux événements.
À Reims, le général Bedell Smith, chef d’état-major d’Eisenhower, préside la séance et signe le texte puis pour les Russes, le général Sousloparov et pour les Français le général Sevez, sous-chef d’état-major de la défense nationale (Juin étant à San Francisco).
La cessation des combats est fixée au lendemain 8 mai, à 23h 01.

Pour Staline, il ne suffit pas que la capitulation ait été signée à Reims, dans la zone occupée par les Anglo-saxons.
Il faut aussi qu’elle soit ratifiée à Berlin, au cœur du IIIe Reich, et accessoirement dans la zone d’occupation soviétique.
La cérémonie de Berlin est plus solennelle même si le texte est identique.
Le Général De Gaulle y envoie le général de Lattre de Tassigny pour représenter la France.

De Gaulle évoque dans ses mémoires l’incident d’une double représentation occidentale, anglaise avec l’air marshall Tedder et américaine avec le général Spaatz.
Ainsi la France est signataire de l’acte final de capitulation au même titre que l’URSS, les États-Unis et la Grande-Bretagne.
Lors de la signature de l’acte final de la capitulation allemande le 9 mai, le feldmarschall Keitel ne put retenir cette phrase lourde de sens : « Quoi ? Les Français aussi ! » (Traduction tirée des Mémoires de guerre du général de Gaulle).

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Cette formalité se tient au quartier général des forces soviétiques, sous la présidence du maréchal Gueorgui Joukov.
Après que le maréchal Wilhelm Keitel, chef d’état-major de la Wehrmacht, a signé les protocoles de la capitulation, la délégation allemande est poussée vers la sortie et les vainqueurs donnent libre cours à leur joie dans un banquet qui se prolonge jusqu’au matin.
Les chefs d’État et de gouvernement alliés, dont le général de Gaulle, peuvent annoncer simultanément sur les radios la cessation officielle des hostilités en Europe.
Mais malgré la capitulation de l’Allemagne nazie, son allié le Japon poursuit un combat désespéré contre les Américains dans l’océan Pacifique.

Il faudra les deux explosions atomiques de Hiroshima et Nagasaki, les 6 et 9 août 1945, pour le contraindre à capituler, près de quatre mois après l’Allemagne.

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À noter que ni les Anglais, ni les Américains ne chôment le 8 mai bien qu’ils aient les meilleures raisons du monde de commémorer cet anniversaire.
Quant aux Russes, rappelons-le, c’est le 9 mai qu’ils célèbrent la capitulation de l’Allemagne, la cessation des combats ayant été enregistrée ce jour-là à Moscou en raison du décalage horaire.

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Le 8 mai 1945, c’est aussi de violentes émeutes qui éclatent à Sétif, en Algérie.
La répression est d’une extrême brutalité.
L’aviation elle-même est requise pour bombarder les zones insurgées.
Après la bataille, les tribunaux ordonnent 28 exécutions et une soixantaine de longues incarcérations.
Officiellement, les autorités françaises estiment que le drame aura fait 103 morts chez les Européens et 1.500 chez les musulmans.
Les autorités algériennes parlent aujourd’hui de 45.000.
Les historiens spécialistes évoquent quant à eux 2.500 à 6.000 morts.
Le drame passe inaperçu de l’opinion métropolitaine qui a la tête ailleurs du fait de la capitulation de l’Allemagne, le même jour.
Les émeutes de Sétif consacrent la rupture définitive entre les musulmans et les colons d’Algérie et annoncent la guerre d’indépendance.

R.V.

Source :  Mémoires de guerre, Charles De Gaulle (Plon, 1954-1959)

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